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Rio Tinto Fer et Titane achète un terrain de la Colonie des Grèves

Photo de Steve Martin, Initiative de journalisme local
Par Steve Martin, Initiative de journalisme local
Rio Tinto Fer et Titane achète un terrain de la Colonie des Grèves
Le terrain dont Rio Tinto Fer et Titane vient de faire l’acquisition juxtapose celui sur lequel se trouve son imposant parc à résidus miniers qui se situe entre la colonie fluviale et l’autoroute 30. (Photo : Google Maps)

Le 1er avril, l’entreprise Rio Tinto Fer et Titane (RTFT) a fait l’acquisition d’un terrain de 137 188,9 mètres carré appartenant à la Colonie des Grèves. Une nouvelle qui a reçu un accueil tiède lors de la dernière séance du conseil municipal de Contrecœur.

Si la rumeur courait avant même qu’une annonce publique ne soit faite, le conseiller Denis-Charles Drapeau, représentant du district 6, a profité de son temps de parole lors de la séance de mardi dernier afin de faire le point sur la situation.

« Des rumeurs couraient et on m’en a fait part, s’est exprimé l’élu. Je crois que le conseil était au courant d’un possible achat par Rio Tinto Fer et Titane d’un terrain juxtaposant son site de dépôt de Sorel-Tracy. Ç’a été vendu par la Colonie des Grèves le 1er avril. C’est la raison pour laquelle le conseil a agi ces dernières semaines en déposant des projets de règlement sur la protection des arbres. On a aussi créé une réserve foncière pour empêcher toute construction […] qui mettrait en péril la protection de l’environnement. »

Selon le conseiller, ces mesures, qui ont notamment fait l’objet d’une séance extraordinaire le 25 mars, ont pour objectif d’assurer le maintien du couvert végétal et de la biodiversité dans le secteur concerné. « On ne sait pas exactement [quel est] le but de cet achat », a poursuivi le conseiller, également membre du conseil d’administration de la plus vieille colonie francophone en Amérique. « Pourquoi Rio Tinto a souhaité acheter les terrains qui appartiennent depuis au moins une centaine d’années à la Colonie [et sur lequel se trouvent] des arbres centenaires. On ne connait pas la visée de Rio Tinto sur ce terrain-là, mais on ne pense pas qu’ils vont construire des immeubles à condos. Bref, nous avons de grandes réserves sur cette transaction. »

Pérennité des opérations

Du côté de Rio Tinto Fer et Titane, la réponse d’un porte-parole du groupe, dont le siège social est à Londres, s’est limitée à une courte déclaration : « Par cette acquisition, peut-on lire notamment, RTFT souhaite continuer à participer au développement du Parc régional des Grèves, en collaboration avec tous les autres partenaires, tout en ajoutant une option potentielle pour pérenniser nos opérations à Sorel-Tracy pour les décennies à venir. »

Par cette affirmation, l’entreprise qui embauche plus de 45 000 travailleurs dans divers pays confirme qu’elle n’écarte pas la possibilité d’utiliser le nouveau terrain acquis afin de l’annexer à sa zone d’opération dans la région soreloise.

Rappelons qu’à proximité de la Colonie des Grèves, Rio Tinto Fer et Titane possède actuellement l’imposant parc à résidus miniers de la zone P-84. Si l’entreprise n’a pas précisé ses intentions à court, moyen ou long terme, le nouveau propriétaire pourrait potentiellement, selon certains scénarios évoqués, utiliser le nouveau terrain afin d’augmenter la superficie de son parc à résidus.

Question de survie

Du côté de la Colonie des Grèves, on nous assure que la décision du conseil administratif de signer une entente avec RTFT, plutôt que d’accepter une proposition soumise par la Ville, était conséquente avec la logique d’une organisation qui lutte depuis plusieurs années pour sa survie.

« Pour nous, le nerf de la guerre, c’est toujours la recherche de financement, nous a expliqué le président du conseil administratif et ancien directeur général à la Ville de Contrecœur, Yves Beaulieu. Nous avons fait des démarches auprès du Québec inc., on a sollicité le clergé, car ce sont des pères qui sont à l’origine de la colonie; on a frappé un peu partout. »

M. Beaulieu rappelle que des collectes de fonds et la vente de terrains à la Ville et à la Fondation Hydro-Québec pour l’environnement ont permis des rentrées occasionnelles de fonds qui ont donné à l’organisme l’opportunité de provisoirement « joindre les deux bouts », mais « jamais de gestes concrets qui permettaient d’avoir l’espoir de régler une fois pour toutes la problématique », a conclu le président du conseil d’administration.

Selon ce dernier, les discussions avec le géant minier ont débuté au cours des deux dernières années avant que l’entente ne se concrétise par une signature le 1er avril.

D’âpres discussions à venir

Il faudra donc attendre que les parties impliquées entament des discussions avant de savoir ce qui se profile à l’horizon, en particulier à la suite de la création de la réserve foncière par les élus de Contrecœur qui pourrait entraîner de longues négociations.

Entretemps, M. Beaulieu dit espérer que toutes les parties pourront se retrouver autour de la table afin d’ouvrir un dialogue qui semble avoir fait défaut jusqu’à présent dans ce dossier.  « On espère dialoguer avec la Ville pour trouver une solution et [établir] un partenariat élargi. L’avenir de la colonie, c’est ça qui est dans la balance. »

Pour sa part, la Ville de Contrecoeur a réitéré, par l’envoi d’un communiqué, sa volonté de protéger la biodiversité et le couvert forestier sur son territoire.

 

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