Quand la vie dit reste!…

Quand la vie dit reste!…

Gen'viève Grenier

L’album Les Mémoires du cœur de Gen’viève Grenier

La vie est plus forte que tout. Mais elle prend parfois des chemins bien particuliers pour continuer d’avancer malgré tout, ce qui ne manque pas de nous laisser surpris, souvent perplexes, voire estomaqués à l’occasion… Toutefois, de grands trésors seront découverts au bout de ces chemins par celles et ceux qui sauront être à l’écoute et choisiront de les emprunter malgré tout…

L’album Mémoires du cœur est en quelque sorte une ode à la vie et il est un peu à l’image d’une perle : sa réalisation a pris beaucoup de temps et il a été créé avec ce qui est à l’intérieur de soi. Et une fois la transformation achevée, le résultat s’avère magnifique!

                  Une apostrophe significative

Le besoin de vivre, de s’affirmer s’est fait sentir très tôt pour Gen’viève Grenier et, à l’adolescence, elle a posé un petit geste très symbolique qui est devenu comme un rappel quotidien de ce qu’elle est et ce qu’elle voulait devenir. « Dans mon nom, Geneviève, il y a ce “ne”, qui est une négation, qui dit : je ne veux pas, je ne ferai pas, et je n’aimais pas ça », explique l’artiste.

En mettant une apostrophe, elle enlevait cette négation qu’elle ne désirait pas et il ne restait alors que les mots Jeune (Gen), vie (vi) et ève (ève), qui, avait-elle lu, s’apparente au mot « vivante » et l’ensemble décrivait bien comment elle se percevait, c’est-à-dire vivante, pleinement!

Gen’viève avait en elle une passion pour les ondes Martenot, un instrument de musique électronique qui se caractérise par des sonorités particulières, assez proche de la scie musicale, que les gens connaissent peu, mais qui est pourtant bien présent dans les trames sonores de certains films ou dans la musique populaire, notamment le classique « Good vibrations » des Beach Boys. La Bouchervilloise a donc fait des études au Conservatoire de musique de Montréal où elle a obtenu un premier prix en interprétation en 1990.

                  Un moment déclencheur

Depuis, elle s’est produite entre autres à Paris, San Francisco, New York, Boston, Minneapolis, Pittsburgh, Toronto, Victoria, Montréal et Québec, à titre de soliste, mais aussi comme artiste invitée par des ensembles et des orchestres de calibre international. Elle a aussi lancé en 1998 un premier album, Au temps des impressionnistes, consacré à Debussy, Ravel, Satie, Fauré et Gaubert, qui a été très bien accueilli par la critique.

L’ondiste est très fière de cet opus, mais il s’agissait d’interprétations d’œuvres musicales déjà existantes et le besoin de créer, d’exprimer ce qui était en elle par les ondes Martenot grandissait de plus en plus… Au retour d’un voyage en Australie en 2003, Gen’viève s’installe au piano, tout simplement, et à son grand émerveillement, le bouillonnement créatif surgit et les notes s’enchaînent tout naturellement!

Il lui fallait ensuite trouver un arrangeur, ce qui n’a pas été chose facile. Quelques années après ce fameux moment déclencheur, elle rencontre un arrangeur français de talent, François-Xavier Dupas, qu’elle engage comme professeur de piano à cette époque pour son école de musique de Sainte-Julie, À la portée. Toutefois, la renommée du Français s’établit très rapidement et leurs chemins doivent se séparer, laissant ainsi le projet inachevé pour son plus grand malheur…

                  Une bosse au cou…

La vie se poursuit donc pour Gen’viève Grenier qui se consacre notamment à ses autres projets, mais à l’automne 2010, une bosse dans le cou la préoccupe. En avril 2011, le diagnostic qu’elle pressentait la frappe de plein fouet : cancer des ganglions qui s’attaque à son système immunitaire!

Au début, elle ne veut pas de chimiothérapie. Ce qui la guérira viendra aussi de ce qui est à l’intérieur d’elle-même, croit-elle. Elle lit beaucoup sur le sujet, modifie complètement sa nutrition, fait notamment de l’hypnothérapie, mais le mal progresse… Au mois d’août 2011, elle se résigne, près de la mort.

« Je ne voulais pas avoir raison; je voulais vivre! J’ai suivi huit traitements de chimiothérapie qui m’ont laissé des séquelles que je ressens encore : engourdissements dans les mains, engourdissements aux pieds, mais cela ne m’empêche pas de jouer et, plus important encore, je suis vivante! », lance-t-elle avec un large sourire.

« J’ai été très proche de la mort, confie l’artiste. Le cancer m’a aidée à être encore plus à l’écoute de moi, à écouter mon organisme. Je crois aussi que j’ai appris beaucoup de choses sur moi. » Elle a réalisé durant son combat qu’elle était constamment à l’extérieur de sa vie; qu’elle vivait des situations inconfortables en se disant « Ça va se régler, ça va s’arranger », mais le cancer a été une réaction de son corps à cette situation qui devenait trop difficile pour elle.

                  Une main tendue…

Puis, au cœur de cette lutte contre la maladie, une lumière est apparue, forte, puissante, libératrice! « Un jour que je suivais mes traitements, maigre comme un clou, vidée, sans énergie, je reçois six arrangements tout d’un coup chez moi! Ça m’a fait un choc! C’était si important pour moi! » 

« Ma musique part du plus profond de moi, mais on dirait que ça ne marchait pas, que ça n’avançait pas. J’étais tannée! J’étais bonne pour les projets des autres, mais ce qui partait de moi ne marchait pas. C’était comme s’il y avait tout le temps un couvercle sur ce que je voulais exprimer, comme si la vie ne voulait pas. Et là, ces arrangements, c’était comme une main tendue. Comme si la vie me disait “Regarde! Tes projets sont vivants! Reste!” Je ne savais pas à ce moment si je voulais vivre ou mourir… »

« Cet album, Mémoires du cœur, ça veut dire : Rêvez! Continuez! Réalisez vos rêves! J’ai cherché des raisons de rester en vie, pourquoi je resterais. C’était comme un moment déclencheur pour l’album et un moment déclencheur pour moi. Mais je ne l’ai pas fait pour moi. Je l’ai fait pour pouvoir faire la différence pour d’autres, toucher leurs cœurs. La musique des ondes Martenot touche le cœur des gens. C’est dans le cœur que se trouvent les mémoires en nous. Et j’ai envie de la partager avec les gens. Ce disque guérit les mémoires du cœur », de confier Gen’viève qui est en rémission et se dit très confiante qu’il n’y aura pas de rechute.

Le lancement de l’album a eu lieu au Café Campus de Montréal le 21 mai dernier et Gen’viève rappelle que les profits de chaque vente seront versés pour la réalisation d’un centre de ressourcement qu’elle veut créer, un lieu où l’on offrira entre autres des ateliers et des stages afin d’apprendre à être mieux, à choisir ce qui nous rend heureux, etc. « Nous ne sommes pas là pour rien. C’est bon de rêver d’un monde meilleur! », de conclure l’artiste qui revient de très loin.

 

L’album

L’album Mémoires du cœur propose des ambiances sonores aux couleurs riches et enveloppantes à travers douze compositions originales de Gen’viève Grenier. Fruit d’un cheminement à la fois artistique et personnel, cet album marie de façon tout à fait innovatrice les ondes Martenot à des instruments électroniques et acoustiques, tels l’accordéon, le piano, la guitare, un quatuor à cordes et diverses percussions du monde. Au rythme du taiko japonais, qui rappelle les battements du cœur, les pièces s’enchainent les unes aux autres grâce à de judicieux interludes composés par l’arrangeur François-Xavier Dupas. Mémoires du cœur est une magnifique façon de découvrir les ondes Martenot sous un angle inédit et de célébrer le pouvoir expressif et vivifiant de ses sonorités! (Source : www.genevievegrenier.com)

L’album est également disponible à l’école de musique À la portée de Sainte-Julie, située au 1693, rue Principale, de 15 h à 21 h, du lundi au vendredi.