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Le Domaine Elbama

Le Domaine Elbama

C’est lors de la foire agricole de Calixa-Lavallée que nous avons eu la puce à l’oreille et la curiosité en bouche, il faut bien l’admettre! Il s’agit du domaine Elbama, un vignoble situé à Saint-Amable.

Pardon?

–      Oui, oui, tout à fait!

Bon d’accord, je me suis dit. De fait, comme bon nombre de Québécois, j’avais l’impression que les vins d’ici ont une sérieuse pente à remonter.

On goûte?

Soit, on goûte… Et là, c’est le choc! C’est bon!

Madame, expliquez-moi s’il vous plaît!

Louise Beauregard, la copropriétaire du domaine Elbama avec son conjoint Martin Gemme, me raconte les débuts de l’aventure. Nous prenons rendez-vous au domaine, histoire de bien prendre notre temps afin de vous raconter le succès de ce vignoble basé sur la patience, la passion, la confiance en soi et l’amour de la terre.

Les débuts, la pomme de terre

L’histoire a débuté en 1982 lorsque Louise Beauregard et Martin Gemme ont loué une première terre de 100 acres afin d’y produire des pommes de terre. Ils ont acheté leur propre terre en 1988. En 2006, le couple possédait plus de 250 acres.

2006 : la crise du nématode

Martin Gemme se souvient d’une date marquée au fer dans son aventure agricole. « Le 16 octobre 2006, l’arrêté ministériel fédéral a complètement changé le cours de ma vie ».

Lorsque la crise du nématode doré a touché tous les producteurs de pommes de terre de Saint-Amable en 2006, ils se sont vus dans l’obligation de mettre un terme à la production de pomme de terre. « C’était un coup dur », de dire Louise, « j’étais sonnée, désorientée, inquiète. » « Le soir même, on a décidé de vendre la machinerie et, devant un verre de vin, c’est là que la décision s’est prise », ajoute Martin.

De toutes les options qui s’offraient à eux, ils ont choisi de se réorienter vers une nouvelle culture qui les passionnait déjà, les vignes, une passion découverte au fil des voyages du couple en Europe.

2007 : Le début de la grande aventure du vin

Ne devient pas viticulteur n’importe qui, ne devient pas viticulteur n’importe quel producteur de pommes de terre. Louise Beauregard et Martin Gemme en sont très conscients. « On s’est dit, on change de culture, mais on garde notre rigueur, celle de bien faire ce qu’on fait », affirme Louise.

Martin parle de préparation avant même de planter quoi que ce soit. « Nous avons suivi des formations et effectué plusieurs recherches pour trouver les cépages qui conviendraient le mieux à notre type de sol et à notre climat variable : très chaud en été et très froid en hiver »

Les cépages du domaine Elbama

Chez Elbama, on a opté pour les cépages Frontenac rouge, Frontenac blanc et Marquette. Des cépages rustiques, développés à l’Université du Minnesota. « Un État américain avec un climat très semblable au nôtre », souligne Martin, très conscient de l’étonnement de mon regard. « Sérieux! » dit-il, « Au Minnesota. On aime le vin là-bas aussi ».

Outre le choix des cépages, l’achat des ceps, la préparation des sols et tout le reste, il y a le goût à définir, la personnalité du vin. Louise et Martin ont donc fait appel à un œnologue expert. « Un œnologue a une réputation à préserver, il a fallu le convaincre, lui prouver que nous étions sérieux », de dire Martin.

Apprendre pour réussir

« On n’avait pas le choix. En fait, on ne voulait pas avoir le choix, on voulait réussir, point », de dire Louise. Les nouveaux viticulteurs savaient qu’ils avaient beaucoup de choses à apprendre et plusieurs nouvelles techniques à maîtriser. C’est grâce à leur soif de connaissances et à leur désir de réussite que le domaine Elbama a été en mesure d’offrir des vins de qualité dès le premier embouteillage.

Elbama aujourd’hui

Aujourd’hui, le Domaine Elbama est un vignoble de 8000 vignes plantées progressivement depuis 2007. On y produit 10 000 bouteilles par année, vendues au comptoir du domaine, notamment lors des fêtes des vendanges et dans divers événements un peu partout dans la région. « 10 000 bouteilles par année. 2012 s’annonce exceptionnelle, on pourrait atteindre les 12 000 bouteilles », me dit fièrement Martin Gemme.

Retourneriez-vous à la culture de la pomme de terre?

« J’irai en cour pour ne pas recommencer ça! », s’exclame Martin Gemme.

Un couple qui a fait d’une catastrophe une occasion de s’offrir une meilleure vie. À 10 000 bouteilles vendues, la famille vit bien « Et on fait ce qu’on aime ensemble », dit Louise avec un sourire.

Et Elbama? « Il a fallu se revirer de bord avec le nématode, on vire Amable de bord », me disent les deux complices viticulteurs dans un éclat de rire. A.M.A.B.L.E + moment charnière = ELBAMA.

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