Guignolée 2020

Une saison cruciale pour le secteur récréotouristique

par Steve Martin de l'Initiative de journalisme local
Une saison cruciale pour le secteur récréotouristique
Pierre-André Bédard, un des propriétaires de Madame Bovary. (Photo : Steve Martin)

Depuis la réouverture, certains commerçants ont profité de la belle saison pour apporter des ajustements et réapprivoiser leur clientèle. D’autres ont choisi de prendre leur temps afin de s’assurer que toutes les mesures seraient mises en place afin d’offrir aux visiteurs une expérience comparable à ce qu’ils connaissaient, et ce, malgré les restrictions.

Au restaurant et bar Madame Bovary, on a choisi plutôt d’attendre la fin du mois d’août avant d’ouvrir de nouveau les portes. Un choix stratégique justifiable si l’on considère que l’activité est traditionnellement plus calme en été dans cette partie de la ville où sont concentrés un bon nombre d’établissements du secteur récréotouristique.

« Nous nous sommes dit que, quant à repartir la machine, nous avions avantage à prendre quelques semaines de plus pour nous roder, explique Pierre-André Bédard, un des propriétaires qui nous accueille dans une salle de karaoké reconvertie, le temps de laisser passer la pandémie, en espace de travail. Nous avons dû former certains nouveaux employés, mais je suis chanceux, une grande partie du personnel que j’avais est demeurée en poste. »

Si l’équipe mise sur la saison qui s’amorce et sera déterminante pour nombre de commerces, il semble que les entrepreneurs vont devoir rassurer une partie de la clientèle plus hésitante à reprendre ses activités.

« Je dois convaincre les gens qu’ils peuvent venir de façon sécuritaire, admet le restaurateur. Depuis l’ouverture, ça va bien. Ça demeure un bel endroit pour célébrer un anniversaire et on a recommencé à voir des gens qui viennent pour des dates, comme par le passé. Je dis souvent à la blague qu’il y a eu quelques bébés Bovary depuis notre ouverture!»

Une nouvelle façon de faire

Pour Stéphane Claveau, du Salon de Quilles Volta, la prochaine saison sera tout aussi cruciale.

« L’été est toujours une saison morte et ç’a été amplifié par la chaleur des derniers mois. Pour nous, ç’a été une transition pour la saison qui commence. On veut l’entreprendre de façon positive et on a pris le temps de bien se préparer. »

Le propriétaire de l’établissement admet lui aussi qu’il faudra faire preuve de rigueur pour convaincre les clients qui se montrent plus frileux à l’idée de sortir pour s’amuser dans les commerces de la région.

« Il y a une éducation à faire, croit M. Claveau qui doit aujourd’hui sacrifier la moitié de ses allées pour respecter les consignes. Comme partout ailleurs, les gens doivent entrer avec leur masque et se désinfecter les mains. Moi, j’offre les produits pour les équipements, les boules, les souliers et une fois que tout est désinfecté, on peut commencer à jouer! C’est une nouvelle façon de faire. Il n’y a plus de tapage dans les mains. Il y a peut-être des choses qui vont changer à jamais. »

Jusqu’à 90% de fermetures?

Selon une évaluation de la Chambre du Commerce du Canada, rendue publique au cours des derniers jours, si aucune aide gouvernementale ne vient les supporter, 60% des restaurants pourraient fermer leurs portes au pays au cours des trois prochains mois. D’autres observateurs vont plus loin encore.

« C’est une autre gameactuellement, admet Pierre-André Bédard. Près d’ici, BARBÙ a fermé ses portes au printemps. Il y a des business comme ça qui n’ont pas survécu. Si les affaires ne reprennent pas cet automne, il va y avoir une purge. Ça va être très difficile. Et on attend janvier pour savoir si nous allons avoir accès à des subventions. Si ça n’est pas le cas, on ne parle pas de 60% de fermetures. Du côté des restaurants qui offrent un peu de gastronomie, ça pourrait aller jusqu’à 80% ou 90%. À part ceux qui préparent des commandes pour emporter, avec les loyers que nous devons payer dans le secteur, personne ne peut survivre sans subvention. »

Retour à la « normale »

Pour les entrepreneurs du secteur, le défi à ce stade demeure d’offrir aux clients une atmosphère qui leur permettra, malgré les contraintes, de s’évader de leur quotidien durant quelques heures.

En visitant l’établissement hors des heures d’ouverture, on peut constater d’ailleurs que l’ajout de dizaines de panneaux de plexiglas a dû nécessiter une soigneuse planification.

« La première journée, on se demandait si on allait ressentir la même chose, admet Pierre-André Bédard. Et finalement, on a retrouvé des amis, des clients qu’on n’avait pas vus depuis longtemps. C’est important que les gens puissent reconnecter avec l’endroit. C’était notre vision quand on a ouvert il y a trois ans, sinon, on perd un peu notre raison d’être. Il faut que ça reparte, que ça revienne à la « normale », même si on ne sait plus tout à fait ce que ça veut dire aujourd’hui. Les gens ont besoin de ça. »

 

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