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La chaloupe Verchères : un patrimoine toujours bien vivant

par Steve Martin de l'Initiative de journalisme local
La chaloupe Verchères : un patrimoine toujours bien vivant
Entre 15 et 20 chaloupes sont produites chaque année. (Photo : Chaloupes Verchères Inc.)

La chaloupe Verchères a fait son apparition sur les eaux du fleuve en 1871. Un siècle et demi plus tard, des artisans perpétuent la tradition avec passion et par amour du travail bien fait.

« Les étés brûlants, les étés fous, chantait Clémence Desrochers. Quand nous remontions la rivière dans la grande chaloupe Verchères, à quelques milles de chez nous… »

Pour de nombreux Québécois ayant grandi dans les années 40 à 60, durant l’âge d’or de cette embarcation d’exception, l’évocation de cette chaloupe fait remonter à la surface des souvenirs de balades ou de parties de pêche sur le lac ou les eaux parfois agitées du fleuve.

À l’époque, jusqu’à dix ateliers construisaient simultanément ces bateaux adaptés à la navigation sur le Saint-Laurent. Les Verchères, comme on les appelle, étaient alors vendues d’un bout à l’autre du Canada. Et même de l’autre côté de l’Atlantique.

Pour pêcher ou s’amuser

Le travail minutieux des maîtres-charpentiers et autres artisans œuvrant à sa confection a fait sa réputation. Malgré tout, l’arrivée de nouveaux matériaux (comme l’aluminium et la fibre de verre vantés à grand renfort de publicité et nécessitant un entretien moindre) a depuis sonné le glas pour plusieurs ateliers consacrés à sa fabrication.

Heureusement pour ceux qui ne jurent que par les matériaux nobles et qui valorisent le savoir-faire des constructeurs d’autrefois, la tradition se poursuit toujours aujourd’hui presque 150 ans après sa création.

« Les vieux avaient trouvé la recette gagnante pour faire un bateau à fond plat durable, croit Mehdi Tremblay de Chaloupes Verchères. C’est vrai que ça peut brasser sur les eaux du fleuve, mais c’est un bateau qui est adapté à nos conditions. La chaloupe Verchères, elle est confortable autant pour pêcher que pour s’amuser. Avec quelques modifications à la coque, je dirais même que c’est le modèle parfait pour aller jouer dans les rapides. Nous les avons essayées dans les rapides de Lachine et on s’entend qu’il y en a du volume d’eau à cet endroit. Ça prend une bonne embarcation, mais la chaloupe est faite pour ça. »

Pin blanc et sapin de Douglas

« Le biologiste Michel LaHaye en a acheté une cette année, ajoute Mehdi Tremblay. Il m’a dit que c’était la plus belle embarcation qu’il avait jamais possédée pour pêcher. C’est un bateau très stable. Les hommes pouvaient à l’époque se mettre à trois sur le même côté pour sortir les filets et les barbeaux. »

En raison de l’abattage massif des pins blancs utilisés pour sa confection à l’époque, le constructeur fait aujourd’hui appel à d’autres essences de bois ayant des propriétés comparables pour la fabrication des embarcations de grand format, dont le sapin de Douglas et le frêne blanc.

Balcons et moulures

Afin d’assurer la survie de leur entreprise, les artisans offrent également leurs talents et expertise au niveau de la construction.

« Présentement, notre défi c’est d’arriver à survivre, explique Mehdi. Nous construisons de 15 à 20 chaloupes Verchères maximum par année. Durant la production, il ne rentre pas d’argent durant un certain temps. Nous fabriquons aussi des moulures, des corniches pour des maisons ancestrales. Des balcons traditionnels en pin également comme on en trouve sur le Plateau-Mont-Royal avec des poteaux tournés. On travaille au maximum sur la longueur, comme dans le temps, avec du vrai bois et pas de laminage ou le moins possible en travaillant. Nous nous intéressons à des tâches complexes Ça nous permet de survivre et de garder le patrimoine de la chaloupe Verchères encore vivant. »

L’atelier offre également un service de location afin de permettre à un maximum de gens d’expérimenter la chaloupe Verchères durant la belle saison.

« Ça leur permet d’aller se promener sur le fleuve pendant un certain temps. C’est un coin magnifique. Même quand on vit à 15 minutes à peine d’ici, on peut oublier à quel point la nature est belle dans notre région. »

Pour plus d’informations sur Les Chaloupes Verchères inc, cliquez ici. Merci au Conseil québécois du patrimoine vivant pour sa contribution.

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