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Les clients de prostituées bientôt sur les bancs d’école, à Longueuil

Photo de Diane Lapointe
Par Diane Lapointe
Les clients de prostituées bientôt sur les bancs d’école, à Longueuil
Le directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), Fady Dagher,

Pour aider à contrer le fléau de l’exploitation sexuelle, la police de Longueuil songe à mettre sur pied un programme qui vise à éduquer les clients plutôt qu’à les accuser.
Selon le directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), Fady Dagher, son service a de l’intérêt pour un tel programme depuis 2015. Il surveille ce qui se fait ailleurs au Canada. Maintenant, il aimerait explorer la possibilité d’implanter ici le programme appelé John School.
Le John School est un programme de non-judiciarisation qui vise à sensibiliser le client sur les ravages de l’exploitation sexuelle.
Son appellation fait référence au surnom donné en anglais aux clients; des «John».
Plus de 100 villes en Amérique offrent cette alternative à la justice pour le client qui en est à sa première offense. Au pays, l’Ontario, le Manitoba, l’Alberta et la Colombie-Britannique offrent le John School.
En vertu de ce programme, un individu qui se fait coincer en train d’acheter des services sexuels se verrait obligé d’assister à une journée complète de formation et il devrait verser une somme d’environ 1000 $.
En échange, aucune accusation ne serait portée contre lui. Il éviterait ainsi un dossier criminel et, plus important encore pour plusieurs, son geste ne serait pas révélé à son entourage en étant inscrit dans les registres publics.
Selon le chef Dagher, le Québec devrait tester cette solution et il se dit intéressé par un projet-pilote.
Le client, c’est souvent monsieur tout le monde. C’est un papa, un homme ordinaire qui a des problématiques qui le poussent à solliciter ces services, pour s’évader.
Le John School permettrait d’asseoir ce père de famille, cet homme ordinaire, dans une salle où on lui expliquerait le profil des filles qui se font exploiter.
Cela fait 10 ans que la SPAL travaille sur les aspects répressifs et préventifs, mais le directeur est d’avis qu’il faut aussi innover. Il souhaite entamer prochainement des discussions avec des partenaires à ce sujet.
À Winnipeg où le programme a été lancé en 1998, on se dit satisfait des résultats. La majorité des clients sembleraient avoir une réelle prise de conscience.
Plusieurs arrivent honteux et embarrassés. Mais au fil de la journée, la majorité d’entre eux disent que les ateliers leur ont ouvert les yeux, conscients qu’ils ont gros à perdre s’ils ne changent pas leur comportement.
Le SPAL a rendu public il y a quelques mois le portrait du « commerce du sexe » sur son territoire. Actuellement, 108 personnes sont exploitées ou à risque d’être exploitées sexuellement par près d’une quarantaine de proxénètes présumés.
Le SPAL a dévoilé ce portrait tandis qu’il annonce l’implantation d’une nouvelle équipe pour aider les victimes d’exploitation sexuelle. Celui-ci révèle que la plupart des victimes étaient mineures lorsqu’elles ont commencé à se prostituer. Selon les policiers, elles ont en moyenne 14 ans lorsqu’elles entrent dans la prostitution. Certaines commencent dès l’âge de 12 ans, alors qu’elles viennent à peine d’entamer l’école secondaire.
« Si le métro de Longueuil a longtemps été le point de rencontre entre les proxénètes et les jeunes filles, le milieu de la prostitution est en mutation actuellement.
Il y a eu un changement des façons dont les filles tombent dans l’exploitation sexuelle. Vous ne verrez pas un proxénète assis aux abords du métro attendre deux ou trois filles pour les mettre sur le marché du sexe. Ça n’arrive plus de cette manière-là », souligne Fady Dagher. « L’arrivée des réseaux sociaux permet aux jeunes filles d’être « mobiles » sur le territoire. Par ailleurs, de plus en plus de jeunes filles gèrent elles-mêmes leurs clients et font du recrutement auprès de leurs amies.»
La police de Longueuil a donc annoncé qu’une policière et une coordonnatrice responsable du volet psychosocial seront dédiées au nouveau programme pour tenter d’enrayer ce type de commerce.

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