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Acabris! Acabras! Acabram : la légende de la chasse-galerie!

Photo de Daniel Bastin
Par Daniel Bastin
Acabris! Acabras! Acabram : la légende de la chasse-galerie!
Ville de Contrecoeur

Contrecoeur au centre de cette histoire du folklore québécois

La sortie en salle du film Chasse-galerie : la légende, met en vedette une des histoires les plus connues du folklore québécois et une partie de celle-ci se passe à Contrecoeur, qui en connaît un bout question histoire puisqu’elle fêtera dans deux ans son 350e anniversaire de fondation!

Le film est inspiré du récit écrit en 1891 par Honoré Beaugrand alors qu’il habitait à Lanoraie, située en face de Contrecoeur, de l’autre côté du Saint-Laurent. La légende raconte que des bûcherons, obligés de passer la veille du jour de l’An de 1823 sur un chantier le long de la rivière Gatineau, décident de conclure un pacte avec le diable pour survoler le fleuve à bord d’un canot afin de célébrer avec leurs blondes qui fêtent dans la maison de Batissette Augé, à Contrecoeur. Toutefois, ils ne devront pas prononcer le nom du bon Dieu et ne pas toucher de clochers d’églises durant leur périple, sinon ils iront droit en enfer!

Sur le site Internet de la Ville de Contrecoeur, un enregistrement vocal décrit de magnifique façon cette légende encore bien vivante. À droite de la page d’accueil, il y a une icône « Circuit patrimonial À cœur vaillant! » que l’on clique pour accéder à la carte et aux points d’intérêt. Une section, la 13, est consacrée à la paroisse Saint-Laurent-du-Fleuve et à la vraie légende de la chasse-galerie. On y apprend que la maison de Batissette Augé a réellement existé et qu’elle était située sur le rang de la Petite-Misère, aujourd’hui route 132, à la hauteur de Saint-Laurent-du-fleuve.

Un sort du diable!

On dit que cette maison était reconnue pour la qualité de son alcool, la beauté de ses filles et le son de la musique que l’on entendait même de l’autre côté du fleuve, plus étroit à cet endroit. Batissette Augé fit baptiser douze enfants à Contrecoeur, mais sa maison causait bien des soucis au curé de l’époque. En effet, des rumeurs voulaient que le diable lui-même avait jeté un sort sur l’endroit lors de la nuit de la chasse-galerie…

Un jour, le curé est venu chasser le diable en pratiquant un exorcisme, plaçant une croix à chaque coin du terrain et deux sur le toit de la demeure. Une d’elles subsistait sur le toit de la maison avant que le propriétaire actuel ne démolisse la demeure, à l’été 2015. La Ville de Contrecoeur a décidé de garder la croix, certains meubles et la structure de la toiture, car ces éléments font partie de son patrimoine et celui du Québec.

On dit que par les nuits froides et noires d’hiver, quand le vent est calme, on entend encore la musique des violons qui danse sur le fleuve, appelant les hommes à la fête chez le vieux Batissette Augé…

Acabris! Acabras! Acabram!

 

La légende de la chasse-galerie

C’était au soir d’un 31 décembre, juste avant que sonne minuit. Les bûcherons se préparaient à fêter le début de la nouvelle année. Le cuisinier du chantier avait préparé le réveillon. Le directeur du chantier avait donné un petit baril de rhum à ses bûcherons. Dehors il faisait un froid glacial. Le cuisinier était un peu « chaudasse »; il s’était étendu sur le lit. 

Le cuisinier dormait quand, tout à coup, Baptiste, le chef des piqueurs, le réveilla et lui demanda s’il voulait aller voir Lise, sa blonde.

Voir ma Lise, dit le cuisinier, c’est pas possible. Elle habite Lavaltrie. C’est près de Montréal. C’est à 400 km d’ici. Un voyage de presque un mois à pied dans la neige!

Baptiste répondit : « Pas question d’aller à pied. Nous ferons le voyage en canot dans les airs. Nous irons au bal du village et demain à six heures, nous serons de retour au chantier. 

Je comprends, répondit le cuisinier. Tu me proposes de courir la chasse-galerie; de risquer mon salut éternel pour aller embrasser ma blonde au village…

Oui, c’est ça ! Et il nous faut un nombre pair d’hommes; tu seras le huitième!

Je suis un peu ivrogne, pas très religieux mais vendre mon âme au diable… 

Cré poule mouillée! Y a pas de danger! Avec la chasse-galerie, on fait 200 km à l’heure. Il s’agit simplement de ne pas prononcer le nom du bon Dieu et de ne pas accrocher de clocher d’église en voyageant. 

Oui, mais il faut faire un serment au diable…

C’est une simple formalité. Si on retient notre langue et qu’on dirige bien notre canot, on reviendra ici sans problème.

Sans trop réfléchir, le cuisinier se dirigea vers le canot. Baptiste avertit ses hommes qu’à la danse, il ne faudrait pas boire afin d’avoir l’esprit clair pour bien diriger le canot au retour.  Baptiste, debout derrière le canot, dit : « Répétez après moi : Satan, nous te promettons de te livrer nos âmes si, d’ici six heures, nous prononçons le nom de ton maître et le nôtre, le bon Dieu, et si nous touchons une croix pendant le voyage. À cette condition, fais-nous voyager au-dessus des montagnes et tu nous ramèneras au chantier. Acabris! Acabras! Acabram! Fais-nous voyager par-dessus les montagnes! » 

Le canot s’éleva dans les airs à une hauteur de 500 ou 600 pieds. Il s’élança dans l’air comme une flèche, fuyant plus vite que le vent. Les hommes voyaient le cours des rivières et, volant au-dessus de la rivière Outaouais, ils arrivèrent bientôt à Montréal. Puis, les villages défilaient et ils aperçurent très vite le village de Lavaltrie. Il était deux heures du matin. 

« Attention, cria Baptiste, nous allons atterrir! » Cinq minutes plus tard, ils s’informaient de l’endroit où se tenait la veillée : chez Battissette Augé. Les gens furent surpris de les voir. Baptiste leur dit : « Laissez-nous danser, on vous racontera notre voyage demain. » Les hommes dansèrent pendant deux heures. Baptiste, manquant à sa parole, prit quelques verres de whisky blanc.  Très vite, l’heure du départ arriva. Les hommes repartirent sans attirer l’attention. Même le cuisinier est sorti sans dire au revoir à sa blonde.

Même si Baptiste était un peu ivre, c’est lui qui dirigeait le canot pour le retour. Il se trompa de route et passa tout près du clocher de Contrecœur. Plus loin, il faillit accrocher la croix sur le haut du mont Belœil. Donc, pour reprendre la bonne route, Baptiste fit tourner le canot si vite que celui-ci se renversa dans la neige sur le mont Royal. Aussitôt les pieds à terre, Baptiste se mit à sacrer. Les hommes pensaient à ce moment-là que si Baptiste sacrait encore lorsqu’ils seraient remontés dans le canot, c’était l’enfer pour tous! Alors, les hommes ligotèrent Baptiste et le bâillonnèrent avant de repartir vers le chantier.

Ils étaient presque rendus lorsque Baptiste commença à vouloir se détacher. Très vite, il réussit à enlever son bâillon et « lâcha un sacre » qui fit tomber le canot.  Heureusement, le canot resta accroché dans les branches d’un gros pin. Les hommes tombèrent dans la neige molle. Le cuisinier perdit connaissance et il se réveilla dans son lit le lendemain matin. Il avait quelques égratignures aux mains. 

Les autres gars du chantier racontèrent qu’ils avaient trouvé le cuisinier, Baptiste et les six autres hommes cuvant leur rhum blanc dans un banc de neige près du chantier. Personne ne les a démentis. Les gars n’auraient jamais raconté leur voyage : c’était une honte d’avoir presque vendu son âme au diable pour aller embrasser sa blonde!

(Mention de source : Université du Québec à Trois-Rivières)

 

 

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