Le plus beau Noël de Pauline Gill

Le plus beau Noël de Pauline Gill

Pauline Gill, auteure de plusieurs livres à succès, dont la trilogie La saga de la cordonnière, Les Enfants de Duplessis, Évangéline et Gabriel, et Docteure Irma.

À quelques semaines de la période des fêtes, l’auteure prolifique de romans historiques et résidente de Verchères, Pauline Gill, se souvient avec émotion de son plus beau Noël. Elle nous le raconte.
« J’avais 11 ans et demi et je fais une crise d’appendicite aigüe. Je dois être conduite à l’hôpital de Saint-Jean-Port-Joli, ce qui représentait de chez moi un trajet de plus d’une heure trente en snowmobile. Je suis allongée sur une banquette du véhicule, ma mère est à mes côtés et je la vois pleurer. Nous sommes le 21 décembre, et c’est très troublant pour moi de la voir ainsi. Ça vient nous chercher très loin.
Je savais qu’à cette époque, il n’y avait pas d’assurance médicaments ni d’assurance maladie. Je savais que mes parents avaient dû faire les fonds de tiroir pour payer les frais de l’opération. Le séjour à l’hôpital a dû bien aller, car je n’ai pas grand souvenir. Mais le moment que je n’oublierai jamais de ma vie, c’est le 24 décembre dans l’après-midi lorsque je vois mon père arriver dans la chambre en me tendant les bras. Il me dit : je t’emmène chez nous fêter Noël.
Ç’a l’air simple, mais je pensais devoir passer Noël loin des miens. Le fait que mon père me sorte du lit dans ses bras, qu’il m’emmène comme ça jusqu’au snowmobile, et au lieu de m’allonger sur la banquette, qu’il me garde dans ses bras pendant tout le trajet, fut l’un des beaux moments de ma vie. Vous savez, dans ce temps-là, nos parents ne nous prenaient pas souvent dans leurs bras.
Il avait apporté mon cadeau de Noël. C’était un sac à main en vrai cuir de couleur bourgogne dans lequel il avait placé un deux dollars. Comme pour me dire : il m’en reste encore malgré que ça ait coûté cher pour te faire opérer.
Quand je suis arrivée à la maison, mes six frères et sœurs m’entouraient. Ils formaient comme une couronne autour de moi. Ma mère disait à tous : attention de ne pas toucher son ventre. Toute la famille, on a eu des larmes de joie. Ç’a été pour moi un événement tellement heureux, qui m’a apporté des bonheurs que je n’aurais pas eus sans ça. De voir de mes yeux l’attachement que ma mère me portait, et de me faire prendre par mon père que j’adorais, qui était le clown de la famille. Ç’a été quelque chose d’émouvant. Ce fut un très beau Noël, et c’était le Noël de 1953.