Cannabis: le statu quo n’est pas une option souhaitable estiment les directeurs de santé publique du Québec

Cannabis: le statu quo n’est pas une option souhaitable estiment les directeurs de  santé publique du Québec

Les directeurs de santé publique du Québec se disent unanimement en faveur d’une loi qui encadrerait la légalisation du cannabis dans la mesure où un cadre réglementaire complet serait élaboré avant la mise en vigueur de la loi.

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Le projet de loi fédérale déposé il y a quelques jours fait encore beaucoup jaser dans les foyers québécois et canadiens… Pour leur part, les directeurs de santé publique du Québec se disent unanimement en faveur d’une loi qui encadrerait la légalisation du cannabis « dans la mesure où un cadre réglementaire complet serait élaboré avant la mise en vigueur de la loi », précisent-ils dans un communiqué émis le 13 avril dernier, en ajoutant que le statu quo n’est pas une option souhaitable selon une perspective de santé publique.
Les directeurs ont présenté un mémoire dans le cadre de ce projet de loi et ils ont étayé leur position basée sur une approche de santé publique globale. Dans le document, on indique que, selon leurs observations, le cannabis est déjà facilement accessible car c’est la substance illicite la plus consommée et le régime de prohibition actuel n’empêche pas son usage.
En prenant en considération un tel contexte, les directeurs de santé publique du Québec estiment que la légalisation est une occasion de venir mieux encadrer la consommation et d’agir différemment sur un ensemble d’enjeux qu’entraîne la consommation dans un cadre de prohibition.
Ils préconisent une approche globale de santé publique qui vise à prévenir ou retarder l’initiation de l’usage chez les non-consommateurs, particulièrement chez les jeunes; favoriser un usage sécuritaire chez les consommateurs à des fins non médicales en évitant les risques d’abus et de dépendance; offrir des services aux personnes présentant une consommation problématique.
Éviter une hausse d’accessibilité
« La santé publique reconnait les problèmes de santé et les problèmes sociaux liés à la consommation de cannabis et plus particulièrement ceux liés à une consommation abusive. Cependant, le contexte de prohibition actuel complexifie plusieurs interventions de santé publique, comprenant, entre autres, la surveillance et la promotion de messages de consommation à faible risque. Avec la légalisation, jumelée à un cadre réglementaire rigoureux et à la mise en place des mesures telles que des actions de prévention, les experts de la santé publique soutiennent qu’il sera plus facile de joindre les populations vulnérables avec les services de santé, de mieux intervenir et protéger la population », est-il précisé dans le communiqué.
« Les directeurs de santé publique souhaitent que les mesures du cadre réglementaire soient strictement définies pour éviter une hausse d’accessibilité et une banalisation de la consommation, tout en faisant contrepoids au marché illicite. Le cadre réglementaire devrait notamment permettre d’éviter à tout prix une commercialisation favorisant l’intégration verticale (lien entre la production et la commercialisation) et la mise en place de marchés lucratifs, interdire toute forme de marketing (par exemple, publicité et promotion de marques), fixer un âge légal de consommation, établir un prix de vente tenant compte des effets sur la santé et du prix sur le marché noir, limiter le taux de concentration de la substance, les points de vente et la culture à domicile », souligne-t-on dans leur position.
Le mémoire peut être consulté à l’adresse suivante : www.santemonteregie.net/santemc/documentation/Cannabis_memoireDSP_VF.pdf.

Prévenir la consommation, particulièrement chez les jeunes
L’initiation au cannabis chez les jeunes, surtout lorsque précoce, les rend plus à risque d’adopter un profil de consommation inappropriée. L’enfance et l’adolescence sont des périodes pendant lesquelles le cerveau est en développement. Cela incite à la plus grande prudence quant à la consommation de psychotropes durant cette période charnière. Le cadre réglementaire devra donc inclure une stratégie de lutte à l’initiation, particulièrement pour les jeunes. Ces restrictions peuvent s’inspirer des récents gains en matière de lutte contre le tabagisme (restriction quant à la publicité et l’accessibilité notamment). Plus spécifiquement nous recommandons :
1.1. De concevoir et diffuser des campagnes d’information et de sensibilisation quant aux risques liés à la consommation du cannabis, axées sur la non-initiation et ciblant particulièrement les jeunes, en ayant une visée de dénormalisation du produit;
1.2. Plus spécifiquement chez les jeunes, de favoriser le développement d’aptitudes sociales (ex. : estime personnelle, affirmation de soi envers les pairs);
1.3. D’interdire la vente ou la promotion de produits de cannabis, de marques ou de produits connexes autant via les médias traditionnels que les médias sociaux ainsi que lors d’événements;
1.4. De restreindre les lieux et les horaires de vente en interdisant notamment les points de vente près des établissements scolaires;
1.5. De fixer l’âge légal d’achat et de consommation au minimum à 18 ans, et ce, malgré le risque que cela entretienne une demande pour du cannabis provenant du marché noir;
1.6. De limiter les formes de produits disponibles afin de limiter l’engouement pour de nouvelles formes du produit attrayantes pour les jeunes et limiter les risques liés aux ingestions accidentelles par des formes comestibles;
1.7. D’exiger un emballage neutre pour tous les produits;
1.8. D’interdire la consommation dans les bâtiments et les lieux publics ou à proximité de ceux-ci, à l’image des restrictions de l’usage du tabac;
1.9. D’interdire la consommation du cannabis dans tout véhicule (qu’il y ait présence d’un mineur ou non), considérant les effets possibles de la fumée secondaire sur la conduite;
1.10. De taxer le cannabis à un juste prix, en fonction de la teneur en THC, afin de limiter l’accès au produit tout en minimisant les risques de la popularité d’un marché noir. Ce prix devra par exemple être fixé bas durant les premières années pour lutter contre le marché noir, puis rehaussé pour limiter l’accès au produit; 1.11. D’axer la publicité visant le cannabis à de l’information aux consommateurs concernant les ressources d’aide dans le domaine des dépendances.
(Mention de source : Mémoire des directeurs de santé publique du Québec sur la légalisation du cannabis)